« J’ai pas d’idée, j’ai rien à dire d’original… »

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Durant nos formations, nous rencontrons régulièrement des auteurs qui écrivent bien, mais qui se plaignent de ne pas avoir d’idées originales : « Je sais un peu écrire, mais je n’ai rien à dire, je n’ai pas d’idée », « Mes idées sont nulles, pas très originales… »

Pour leur éviter le syndrome de la page blanche, j’aime alors leur parler de James Cameron et citer cette phrase qu’il aurait pu dire : « J’ai pas d’idée, mais je sais comment en faire quelque chose ! »

Pour en finir avec cette idée fausse que vous n’avez rien à dire d’original, voici 4 techniques pour développer vos idées de récits et en faire des histoires formidables ! (La preuve par James Cameron).

Tout a déjà été écrit, mais pas par moi !

Cette phrase, lâchée par l’un de mes professeurs d’écriture scénaristique, fut un vrai déclic pour moi. Il avait raison. Si on peut faire jouer Roméo et Juliette par des nains de jardin (Gnoméo et Juliette), remplacer les armures par des chemises hawaïennes (the Baz Luhrman’s Romeo+Juliet) ou transformer les familles rivales en bandes de jeunes à New-York (West Side Story), c’est qu’on peut reprendre n’importe quelle histoire et la transformer pour se l’approprier. Si je vous dis : une femme tombe amoureuse d’un homme pauvre et sans situation alors qu’elle est engagée avec un homme riche. Partagée entre ce dernier, qui lui garantit la sécurité financière, et l’autre, qui lui promet un amour romantique et sincère, elle ne voit pas le drame arriver, cela vous rappelle quelque chose ? Madame Bovary ? La leçon de Piano ? Anna Karenine ? Moulin Rouge ? 24 heures de la vie d’une femme ? Sweet Home Alabama ? Plus belle la vie ? La guerre de Troie ? (et vous en avez sans doute plein d’autres en tête !)
En effet, selon Ronald Tobias, il n’y aurait à notre disposition que 20 intrigues types à partir desquelles toutes les histoires sont écrites. Quoi qu’il en soit, cessez de croire que votre idée doit à tout prix être originale pour en valoir la peine. Avec Avatar, James Cameron s’est contenté de transposer Pocahontas dans l’espace et ça a très bien marché !

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Avatar (2009)
Téléscopage et collision d’idées

Le téléscopage arrive quand deux idées qui n’ont rien en commun se croisent et que soudain, dans notre esprit, elles fusionnent et en créent une nouvelle. Cela arrive souvent par accident. Par exemple, je lis dans un magazine que la science a découvert des organismes vivants capables d’adapter leur morphologie et leurs molécules pour s’intégrer à un nouvel environnement; par ailleurs, j’entends aux infos que les techniques d’infiltration d’agents secrets dans les missions de guerre actuelle sont de plus en plus perfectionnées. Ces deux idées fusionnent et j’imagine alors des agents secrets infiltrés capables de changer de morphologie pour envahir un peuple extra-terrestre et piller leurs richesses. J’entrevois un récit, comparable à celui des Anglais accostant aux Amériques pour y trouver de l’or au détriment des indiens… Vous aurez compris comment Avatar est peut-être né, de la collision de plusieurs idées.
Autre exemple. Dans Aliens, sur une planète éloignée, des colons ont disparu mystérieusement. Les marines sont envoyés pour les retrouver et dégommer les monstres qui les ont attaqués… En réalité, James Cameron détourne un Western classique: les colons se sont aventurés sur les terres indiennes et ils ont été attaqués, décimés, scalpés sans doute. La cavalerie est envoyée pour tenter de retrouver quelques survivants et d’engager une action punitive contre les Indiens. La seconde idée, c’est d’avoir utilisé l’image de deux mères protectrices qui s’affrontent à mort pour protéger leur(s) enfant(s).

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Aliens (1986)

Entrainez-vous, pensez différemment, laissez mûrir votre idée et en attirer d’autres.  Jetez-les en vrac sur le papier pour envisager des angles différents, des mix inattendus. Si au lieu de tomber amoureuse d’un homme, notre femme mariée à un riche tombait amoureuse d’une femme ? D’un pays lointain ? D’un appareil électroménager ? (ne riez pas, ça existe !)

1 pitch, 2 colonnes, 3 possibilités

Puisqu’à présent vous avez compris que n’importe quelle idée peut devenir une bonne histoire, je suis certain qu’en creusant un peu, vous allez trouver d’ici quelques instants une petite idée cachée au fond de votre poche, n’est-ce-pas ? Voilà ! Maintenant que vous l’avez, écrivez-en le pitch, c’est-à-dire en français dans le texte, l’argument : ce que raconte cette idée en une phrase ou deux, comme je viens de le faire là au-dessus.

Écrivez cette phrase en haut d’une page et tracez une ligne verticale pour faire 2 colonnes. Ensuite rêvez. Imaginez des bribes d’histoire à partir de cette idée. Laissez les scènes fragmentées et les petits détails se dérouler sous vos yeux comme dans un film et notez ce qui vient dans la colonne de gauche, peu importe quoi, peu importe dans quel ordre ça vient : votre personnage sera-t-il un homme ou une femme, aura-t-il des amis, un animal de compagnie, un métier, une famille, quelles qualités, quels défauts…. Voyez ce qu’il pourrait faire, ce qui pourrait lui arriver, comment l’histoire pourrait avancer, l’influencer, le mettre en péril, les émotions qu’il ressent, etc.
L’exercice consiste à dérouler la pelote de laine, à tirer le fil et à voir ce qui arrive, le bon comme le mauvais. Mais concentrez-vous pour visualiser 3 scènes grandioses. Vous voyez ? Le genre de scènes extraordinaires qu’on peut voir dans un film et qui nous fait dire en sortant de la salle que ça valait la peine de payer pour voir ça. Quand vous en entrevoyez une, notez-la dans la colonne de droite.

Si vous parvenez à trouvez 3 grandes scènes, c’est que votre idée vaut la peine d’être écrite. A vous maintenant d’organiser la structure du récit pour relier ces 3 scènes entre elles avec les détails notés dans l’autre colonne. Peut-être changerez-vous tout en cours de route, mais vous tenez suffisamment d’éléments pour débuter. Prenez Titanic, par exemple. Le récit d’un gros bateau qui vogue et qui coule pourrait être d’un ennui abyssal. Mais vous avez entraperçu 3 scènes grandioses : le moment où la foule réunie en masse sur le quai acclame le bateau, où l’aristocratie se presse pour monter pendant que le peuple se bat pour avoir une petite place, une grande fresque historique magistrale. Ensuite, le moment du naufrage, lorsque le gigantesque bateau se soulève. Dit comme ça, ça ne fait rien, mais vous la voyez dans votre tête, derrière vos yeux : le nez du bateau se soulève, les gens tombent, hurlent, un drame dans l’immensité de l’océan, une scène époustouflante, à la verticale, impressionnante.

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Titanic (1997)

Et enfin, plus intime, une scène d’émotion pure : un homme secoure la femme qu’il aime. A bout de force, il la hisse sur une planche qui flotte, à peine assez grande pour qu’une seule personne y tienne. Alors, il reste dans l’eau glacée jusqu’à l’épuisement, finissant par lâcher la planche et sombrer pendant qu’impuissante, la femme le regarde couler, se noyer et mourir… He, mais ? Et s’il s’agissait justement d’une femme promise à un homme riche, qui tombait amoureuse d’un homme pauvre, sans voir que le drame arrive… ? Oui, ça marche aussi ici.

 Le Parti-Pris

Lorsqu’on s’engage dans un récit, pour en faire une histoire originale, ce n’est la plupart du temps pas l’idée, le récit ou la narration en eux-mêmes qui rendent le texte original, mais la manière dont on le raconte. Si vous racontez une histoire connue, certes avec beaucoup de qualité et d’art, mais de la même manière que 95% des autres auteurs, il est peu probable que votre histoire sorte du lot. Choisissez un point de vue différent et original. Mettez une ambiance, créez un univers, faites des choix stratégiques pour votre récit et tenez-vous-y ! Toutes vos scènes doivent être écrites à partir et en fonction de ce que j’appelle un parti-pris. Cela peut-être une odeur à chaque page, comme dans Le Parfum de Patrick Suskind, des costumes toujours plus chatoyants, comme dans Hello Dolly, ou une histoire racontée à l’envers, comme dans La Flèche du temps de Martin Amis. Faites un choix, qu’il soit technique, esthétique ou narratif, mais qui fonctionnera comme la colonne vertébrale de votre récit. Ayez un parti-pris et respectez-le dans toutes vos scènes sans exception (ou presque).

Vous voulez un exemple? Cadeau Bonus : Jean « Terminator » Jean

L’illustration par l’exemple est portée à son comble avec Terminator 2.

En effet, si tout a déjà été écrit, James Cameron fait fort: le méchant T1 devenu gentil va chercher, à la demande de sa mère, un enfant placé dans une méchante famille d’accueil, pour le protéger et lui garantir un meilleur avenir. Malheureusement, il est poursuivi par un méchant flic, le T2 qui veut leur peau. Vous aurez reconnu… Les Misérables, de Victor Hugo bien sûr ! Mais oui : Jean Valjean, l’ancien forçat, veut se racheter une âme. Il s’engage auprès de Fantine à retrouver sa fille, Cosette, confiée aux méchants Ténardier, afin de lui assurer un meilleur avenir. Malheureusement, Javert, le méchant policier, veut lui faire payer son passé et le faire guillotiner. Dois-je préciser que les 2 histoires se déroulent sur fond de révolution d’un peuple contre son oppresseur ?

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Terminator 2 (1991)

Les ressemblances entre Terminator 2 et Les Misérables sont si criantes qu’on frise le plagiat, comme toujours chez Cameron qui n’a pas d’idée, mais de l’imagination, et qui surtout sait comment en faire quelque chose. Le téléscopage d’idées est cependant si parfait qu’il transforme complètement l’histoire, à grand coup d’effets spéciaux, en offrant une version science-fiction des Misérables sans que personne ne s’en rende compte (ou presque). Quant au parti-pris de Terminator 2, il est simple : il fallait un robot encore plus méchant que dans le premier épisode. Puisque le T1 était quasiment indestructible, le T2 allait être encore plus indestructible ! Le scénario se concentre sur une seule ligne d’action et s’ingénie à jouer avec nos nerfs : dans toutes les scènes, il s’agit de nous montrer que ce T2 indestructible ne s’arrêtera qu’après avoir éliminé le T1 et l’enfant. On ne se pose qu’une seule question : vont-ils réussir à lui échapper et, finalement, à le détruire ?

Conclusion

La prochaine fois que vous aurez l’impression de manquer d’idées ou que vos idées ne valent rien, la prochaine fois que vous penserez n’avoir rien à dire d’original, souvenez-vous de James Cameron et rappelez-vous : tout a déjà été écrit, mais pas par vous ! Alors jetez-vous à l’eau: vous n’êtes ni sur le Titanic, ni poursuivi par un T2 !!!

 

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4 Replies to “« J’ai pas d’idée, j’ai rien à dire d’original… »”

  1. Rhalala Lucile/miss Glyphe, comment tu as tout démantibulé les classiques revisités de Cameron !!
    Tu m’épate et j’adore ça 😉
    Un post sur la page blanche de l’entrepreneur blogueur bientôt ?

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  2. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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    1. Bonjour Angelilie. Un grand merci pour ton commentaire et tes compliments! Bien sûr que nous allons aller visiter ton univers. À très bientôt.

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